24 heures improbables et géniales en Iran

Par définition, le terme improbable désigne quelque chose qui a peu de chance de se produire. Lorsque vous arrivés en milieu d’après-midi dans une ville et que vous vous garés au centre, il y a de très grandes chances que vous alliez faire ce que vous êtes venus faire, même si vous êtes complètement étranger à cette ville. Il y a aucune chance de se retrouver dans un élevage de poisson d’aquarium à 2 heures du matin ? C’est mal connaitre l’Iran et l’hospitalité des Iraniens. Voici donc le récit de notre arrivée à Kashan.

Bazar de Kashan

Kashan est une ville-oasis située sur la route entre Téhéran et Ispahan. Nous avions décidés d’y faire une halte d’une journée afin d’y visiter son bazar, ses jardins et ses vieilles maisons, pour ensuite reprendre la route vers le Sud. Nous trouvons un endroit idéal pour notre camping-car en centre-ville sur une petite place à proximité de tous les sites que nous voulions visiter. Après avoir fait une halte administrative de deux jours dans la mouvementée Téhéran, nous sommes ravis de pouvoir nous balader dans les ruelles paisibles de la ville. Nous y achetons des fruits en prévision d’un repas frugal, en soirée, au calme, dans notre véhicule. Vers 17 heures, deux couples et leurs enfants nous abordent, Léane et Lilou ont tout de suite beaucoup de succès, une discussion de présentation mutuelle s’en suit, nous faisons visiter notre camping-car et nous nous quittons sur un welcom to Iran, tous heureux de ce moment d’échange.

Kashan

Nous ne sommes pas surpris par ce comportement, depuis notre entrée en Iran, nous ressentons la chaleur et l’hospitalité des gens. Nous pensions, au début, que s’était le camping-car qui attirait, mais non, les gens sont sensibles à notre démarche d’ouverture, ils sont heureux de voir des étrangers venir visiter leur pays et viennent nous le montrer, sur la route, par des coups de klaxons le pouce levé, chez l’épicier en ressortant avec un sac de bonbons en plus pour les enfants, dans les parcs en nous offrant des bracelets (d’ailleurs les enfants en ont tellement qu’on va devoir leurs mettre aux chevilles bientôt !) et bien d’autres signes de bonté et bienveillance auxquels nous ne sommes pas habitués.

Notre surprise a été deux minutes après leur départ de les voir revenir tout sourire et nous inviter tous les cinq chez eux pour le diner. Nous sommes dans un premier temps gênés et prétextons de n’être pas présentable après une longue journée de route sous une chaleur étouffante, puis sous leurs insistance nous cédons, de toutes façons nous avions plus trop le choix les enfants avaient compris sans même comprendre un mot d’Anglais et avait acceptés pour nous, heureux de pouvoir prolonger le temps avec leurs nouveaux copains. Nous convenons qu’ils viennent nous rechercher d’ici une heure et nous nous préparons afin d’honorer de la meilleur façon cette invitation. Nous sommes un peu perturbés, contrairement aux enfants, nous ne savons pas comment cela va se passer, si notre Anglais plus que limité va suffire pour tenir des conversations, nous sortons trois jouets Disney de notre coffre magique afin d’offrir un petit quelque chose comme il est de coutume en Iran, et puis, plus le temps de réfléchir que déjà nous les suivons en camping-car jusqu’à leur domicile.

Nous arrivons donc une demi-heure plus tard chez Merdad et sa femme, enceinte de leur troisième enfant, ils ont un garçon de 10 ans et une petite fille d’un an et demi. Ils hébergent pendant les vacances de la fin du ramadan un couple d’amis, Darius et Zarha qui ont un garçon de 7 ans, Matty. Merdad ne parle pas un mot anglais contrairement à Darius, qui lui, s’en sort très bien. Nous sommes tout de suite mis à l’aise, nous jouons avec les enfants et parlons de tout et de rien, du travail, de la vie, de l’argent, de la France, de l’Iran, et même des Etats-Unis, le plus simplement du monde sans chichi plein de bienveillance et d’intérêts réciproques. Nous avons strictement rien le droit de faire, ni aider à la cuisine, ni aider à quoi que se soit, ordre de notre hôte Merdad qui insiste pour que ses invités soient le plus à l’aise possible.

Monopoly Iranien avec Darius
Merdad et les bulles

Vers 22 heures, nous passons donc à table autour d’un copieux repas dressé au sol, je suis incapable de rester assis en tailleur plus d’une minute étant raide comme un piquet, ca à bien fait rire tout le monde, nous mangeons dans la bonne humeur et apprenons à manger à l’Iranienne, comment prendre la nourriture avec ses doigts de la main droite (main gauche considérée comme impure), mettre le sucre directement dans la bouche pour boire le thé… Nous échangeons également sur la manière de manger à la Française et s’intéressons mutuellement aux particularités culinaires de chacun.

Repas dans la bonne humeur

Vers Minuit, à la fin du repas, nous laissons les enfants, et partons nous dégourdir les jambes grâce à une petite marche digestive avec Merdad et Darius. Merdad insiste pour nous montrer son travail, il élève des poissons d’aquarium. Nous voici donc au milieu des poissons colorés à apprendre leur nom Persan, comment les réservoirs d’eau sont chauffé, comment il expédie les poissons, ce qu’il leur donne à manger, nous le sentons passionné et fier de son métier, ce qui rend la visite intéressante ! Nous retrouvons deux de ses partenaires vers 1 heure du matin et partageons du thé et un narguilé encerclés par les guppys, poissons boules, suceurs et autres nageurs colorés.

Nous rentrons vers 2h30 et voyons les enfants contents de nous montrer notre lit pour la nuit, nous qui allions prendre congé et retournés vers notre petite place pour passer la nuit. Merdad, traduit par Darius, nous dit que nous serions mieux ici et qu’il ne peut pas nous laisser aller dormir dans la rue, il nous demande si nous voulons faire une lessive et nous montre sa douche. Il a raison c’est quand même plus confortable, après un mois et demi dans le camping-car, de pouvoir prendre une bonne douche avec de la pression et surtout de la place et de pouvoir laver nos vêtements autrement qu’à la main. Nous avons arrêtés de réfléchir, arrêtés d’être gêné, nous nous laissons guidés et c’est réellement plaisant, du coup nous en venons à parler de la journée du lendemain même si il est déjà 3heure du matin, il est prévu d’aller avec eux dans un petit coin sympa. Avec plaisir, c’est convenu. Il est 3h30 quand nous nous couchons ravis, et heureux par cette fin de journée.

Pyjama
Il y a plus de place que dans le camping-car !

Le lendemain 9h00 même ambiance autour du petit déjeuner, la pâte de datte remplace le Nutella, le yaourt le lait, confiture maison, fromage frais, fruit, thé, un petit déjeuner copieux avant de retourner aux aquariums avec les enfants pour voir les poissons et cueillir des fruits. A côté des aquariums il y a un verger plein d’arbres fruitiers, avec des prunes, des abricots, des grenades, et … des tuts. Des quoi ? Oui des tuts, jamais entendu parler. Il existe des tuts blancs et des tuts noires. Se sont comme des mures avec un gout un peu différent mais qui poussent dans les arbres. Je ne sais pas si l’arbre s’appelle le tutier mais en tout cas il en est plein à craquer.

Petit déjeuner
Lilou et Leane au milieu des poissons
Cueillette des tuts avec Matty
Lilou à fait le plein de tut
Avec Matty

Nous rentrons vers midi plein de tut et prenons la route direction un petit village verdoyant au milieu du désert, Neyasar, nous nous arrêtons à l’entrée du village, il y a une dégustation d’eau de rose. L’eau de rose est la spécialité de la région de Kashan, la rose est récoltée courant mai lors de la fête de la rose. L’eau de rose est un produit iconique et incontournable de la cosmétique Iranienne. Elle est obtenue par distillation et dispose de plusieurs vertus : anti-inflammatoire, réducteur de cernes, anti-migraine en l’appliquant avec du coton sur les tempes et le front. La Vitamine C que contient la rose protège la peau des rides et enlève les taches brunes, elle la nettoie et la conserve lisse et ferme. Les femmes Iraniennes en ont fait une routine de beauté depuis des millénaires. Nous goutons donc des eaux plus ou moins fortes en gout et testons les produits cosmétique, Darius nous explique sa fabrication, on ne peut avoir meilleur guide, il est fière de son terroir comme un vosgiens est fier de sa Mirabelle (et je sais de quoi je parle !) , ça fait plaisir à entendre.

La rose de Kashan
Il n’y a pas d’alcool mais il y a des alambics
L’eau de rose

Vers 14h00 nous nous installons ensuite dans un petit parc au milieu de nombreuses autres familles, les Iraniens adorent se retrouver en famille pour piqueniquer, ils sont d’ailleurs équipés tout confort et mange comme à la maison, tous les coins d’ombres sont pris. On trouve dans toutes les villes d’Iran de nombreux parcs verdoyants et ombragés, avec des toilettes, des points d’eau et des jeux pour enfants. Ils sont animés tous les soirs par de nombreuses familles venant manger ensemble sur l’herbe et toute la journée les jours chômés. Nous faisons un repas agréable autour de brochettes de poulet mariné.

Attention je t’ai à l’œil Matty !!!
Préparation des brochettes par Merdad
Barbecue
Repas champêtre

Après le repas nous partons nous promener sur les hauteurs du village et ses magnifiques cascades. Nous achetons des glaces pour tous les enfants et Merdad, qui est un grand gourmand ! Nous prenons ensuite de nombreuses photos tous ensembles et passons vraiment un merveilleux moment.

Cascade de Neyasar
Darius et les enfants sous la cascade
Aurelie avec Zarha

Vers 17 heures nous nous retrouvons tous autour de notre camping-car pour nous dire au revoir après 24 heures passés ensembles, nous avons assurément plus découvert la région que si nous avions fait nos visites, nous avons rencontrés des gens formidables avec qui nous avons passé un super moment sans arrière-pensées ni gène, si ce n’est nous au début, le plus simplement et le plus normalement du monde. Nous sommes de nouveau invités par Darius qui souhaite, à son tour, nous recevoir chez lui à Boucherhr sur la côte du golfe persique, même si ce n’est pas sur notre route nous irons avec plaisir. Merdad est tout ému ainsi que Léane qui s’était bien entendue avec Matty, ils nous rendent un dernier service en nous escortant jusqu’à une station-service.

Au taquet Merdad
A bientôt …

Nous nous retrouvons seul pour la première fois depuis 24 heures, un peu retournés par ce qu’il vient de se passer. Je ne saurais pas expliquer la sensation mais nous sommes sur le cul, abasourdis par ce moment passé à se laisser porter par des inconnus motivés et heureux de nous recevoir, et malgré que cela fasse un mois et demi que nous soyons sur la route, nous nous sentions, pour la première fois, un peu seuls…

4 commentaires sur “24 heures improbables et géniales en Iran

  1. Super récit.
    Tu as vraiment un talent d’écrivain.
    Tu m’as fait voyager dans ce merveilleux pays.
    Merci, je me suis cru avec vous.
    Bonne continuation.

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  2. Là vous m’avez vraiment fait rêver, une histoire magnifique, en lisant votre récit, les larmes coules. C’est si simple parfois. Bonne route

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  3. Quel bel instant de vie!! Continuez à nous faire rêver à travers votre voyage, j’espère que vous ferez encore beaucoup de rencontres comme celle-là.

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  4. J’ai l’impression que les tuts sont des fruits de muriers platanes. On en trouve souvent dans le midi de la France. Il y a surtout des noirs mais aussi des blancs dont les feuilles servent (ou servaient) de nourriture pour les vers à soie.

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